
De Glen Tetley

Avec Voluntaries, Glen Tetley compose un ballet qui est à la fois un voyage spirituel et une odyssée physique. Créée en 1973 pour le Ballet de Stuttgart, cette œuvre est un hommage bouleversant à John Cranko, disparu l’année précédente. Elle incarne la complexité chorégraphique et intellectuelle propre au style de Tetley, tout en étant une exploration crue du deuil et de la transcendance.
Dès les premières secondes, le ballet impose son atmosphère : un silence pesant, une absence vibrante. Puis, dans un fracas brutal, le premier accord du Concerto en sol mineur pour orgue, cordes et timbales de Poulenc transperce l’espace. Une figure émerge de l’ombre, le corps tendu vers la lumière, les bras décrivant de grands cercles, cherchant à saisir l’insaisissable. La musique de Poulenc, composée à une période où il s’éloignait des facéties de sa jeunesse pour embrasser une gravité presque sacrée, se déploie en volutes sonores tour à tour écrasantes et aériennes. Dans certains passages d’orgue éclatants de mélodie, une légèreté carnavalesque affleure encore, écho du théâtre parisien des années 1920 et 1930.
Tetley fusionne la danse classique et moderne avec une rare virtuosité. Voluntaries exige des interprètes une physicalité ardente, les poussant dans leurs retranchements. Ils doivent allier l’élévation éthérée du ballet à l’ancrage viscéral de la danse contemporaine. Le mouvement naît des profondeurs du corps, jaillit avec urgence, tout en conservant une apparente spontanéité. Une pose récurrente structure la chorégraphie : une croix vivante, bras étendus, tête rejetée en arrière, image évocatrice de la Crucifixion. Ce motif sert de pivot entre deux états d’être : d’un côté, des envolées spectaculaires où les danseurs défient la gravité, propulsés par les timbales et les orgues grondants ; de l’autre, des instants d’introspection, magnifiés par les passages lyriques de l’orchestre à cordes.
Voluntaries est une œuvre de liberté et d’élévation. En musique, un «voluntary» désigne une improvisation à l’orgue, souvent jouée lors d’un office religieux. Son étymologie latine renvoie à l’idée de «voler» ou de «désirer». Ce double sens résonne profondément dans la pièce de Tetley, où la danse devient un rituel de renaissance, un témoignage de la résilience de l’esprit humain face à la perte.
En transcendant les cadres de la danse, Tetley fait de Voluntaries une expérience autant qu’une œuvre. Pour les danseurs, c’est un passage initiatique, une mise à l’épreuve physique et émotionnelle. Pour le spectateur, c’est une méditation sur la mémoire, le deuil et la force vitale qui pousse le corps à se relever et à s’élancer, encore et encore, vers la lumière.
À PROPOS DU SPECTACLE
Durée : 33 minutes
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