
De Jiří Kylián

L’idée derrière Bella Figura, ainsi que tout ce qui l’a construite, peut sembler simple au premier abord, mais elle se révèle bien plus complexe quand on la regarde à travers le prisme de notre propre expérience. C’est une parabole sur la relativité de la sensualité, de la beauté et de l’esthétique, mais aussi sur la façon dont nous affrontons ces notions au quotidien. C’est un voyage à travers le temps et l’espace, qui met en lumière à la fois notre dignité et nos doutes. Trouver la beauté dans une grimace, dans un esprit tourmenté ou dans une contorsion physique… C’est comme tenter un exercice d’équilibriste sur le fil invisible de notre existence.
Pour les danseurs, Bella Figura n’est pas seulement une démonstration de leur maîtrise technique ou de leur sens esthétique. C’est aussi une acceptation de leurs faiblesses, de leurs doutes et de leur vulnérabilité. En italien, «bella figura» ne signifie pas seulement beau corps. C’est aussi une expression qui traduit une certaine résilience face aux difficultés de la vie. En d’autres termes, cela signifie aussi faire bonne figure… Autrement dit, le public qui assiste à la représentation ne sait rien de ce que vit le danseur sur scène. Il ignore s’il traverse une période difficile ou s’il lutte intérieurement contre ses propres tourments. Mais le danseur, lui, sait que le public ne sait pas. Tout ce qu’il sait, c’est que ces spectateurs ont payé leur place et attendent d’être émerveillés. Alors, il met son «bella figura» et danse.
Depuis longtemps, je me pose ces questions :
"Qu’est-ce qu’une performance? Qui sont réellement les interprètes?"
"Quand commence réellement un spectacle? Est-ce quand le rideau se lève, ou dès notre naissance? Ou bien est-ce au moment où le chorégraphe enseigne les premiers pas aux danseurs?"
"Le spectacle débute-t-il quand les artistes se maquillent ? Et prend-il fin lorsqu’ils quittent la scène, ou bien se prolonge-t-il jusqu’à la fin de nos vies?"
"Quelle est la différence entre les vêtements que nous portons dans la rue et les costumes de scène? Où se situe la frontière entre l’art et l’artifice, entre le rêve et la réalité?"
Et enfin : "Où se trouve la limite entre la vérité et le mensonge?"
Finalement, toutes ces interrogations peuvent se résumer de façon bien plus simple : imaginez que vous rêvez de tomber de votre lit. Puis, en vous réveillant le matin, vous réalisez que vous avez une côte cassée.
-Jiří Kylián - La Haye, 23 septembre 2007
À PROPOS DU SPECTACLE
Durée : 32 minutes
LES GRANDS BALLETS

